par Maayan Lubell et Emily Rose
Au moins neuf Israéliens dont les familles ont été endeuillées par les attaques du 7 octobre 2023 se présentent aux élections législatives du 27 octobre, représentant des partis de tous horizons politiques, avec un objectif commun affiché : panser les plaies d'Israël.
L'une dit être inspirée par le dernier combat de son fils contre les assaillants du Hamas qui semaient la terreur dans le kibboutz de Be'eri, où un habitant sur dix a été tué.
Peu après le début de cette attaque surprise, le fils de Michal Hirsch Negri, Roee, fraîchement marié et promis à une carrière dans la haute technologie, a mobilisé ses camarades de son unité militaire de réserve antiterroriste, qui ont plus tard raconté leurs derniers instants avec lui.
"Il leur a dit: 'Nous ne regardons pas les corps. Nous sommes ici pour sauver des vies. Nous sommes ici pour sauver notre pays.' Et cette phrase est gravée dans mon cœur", déclare sa mère.
Michal Hirsch Negri, qui est âgée de 60 ans, se présente sous l'étiquette "Ensemble", alliance de partis de gauche, de droite et du centre pilotée par l'ancien Premier ministre Naftali Bennett ayant l'objectif déclaré d'évincer la coalition nationaliste-religieuse du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
"Tout le monde sait ce qui ne va pas. Parler de la gravité de la situation ou de l'incompétence du gouvernement ne nous mènera nulle part. Mon Roee, lui, examinait toujours la situation, l'analysait et se disait : 'D'accord, maintenant, que pouvons-nous faire pour y remédier ?'" dit sa mère.
"LE PLUS GRAND ÉCHEC DE NOTRE HISTOIRE"
L'un de ses colistiers, Noam Tibon, 64 ans, est un ancien général dont le fils s'est retrouvé piégé avec sa jeune famille dans leur maison de Nahal Oz, un autre kibboutz attaqué par le Hamas. Son père est parti de Tel Aviv avec son épouse pour secourir leur fils, affrontant en chemin des assaillants et évacuant des blessés vers les hôpitaux.
"Le 7-Octobre a été le plus grand échec de notre histoire et je l'ai constaté de mes propres yeux", dit-il alors que Benjamin Netanyahu rejette toute responsabilité dans cette faille majeure de sécurité et s'oppose à une enquête indépendante sur les événements.
Sharon Sharabi, qui à 51 ans est candidat du parti de droite Notre Foyer, affirme lui aussi avoir été témoin des défaillances des autorités israéliennes lorsqu'il a fait campagne pour la libération de ses deux frères enlevés par le Hamas à Be'eri.
L'un d'eux, Yossi, n'a pas survécu à sa captivité. L'autre, dont la femme et les deux filles ont été tuées dans le kibboutz, a été libérée au début de l'année 2025 après quasiment 500 jours de détention.
"J'ai compris que même après la libération des otages, je ne pouvais pas rester les bras croisés et laisser des médiocres continuer à diriger le pays", déclaré Sharon Sharabi. "J'ai compris que je devais tout quitter pour me consacrer à ma mission de redressement, pour ramener l'Etat d'Israël à ses vraies valeurs."
Pour d'autres proches des victimes du 7-Octobre, la défaite de la coalition au pouvoir n'est pas forcément la solution.
Le fils de Talik Gvili, Ran, policier, était le dernier otage israélien dont la dépouille a été retrouvée à Gaza. Sa mère a été personnellement choisie par Benjamin Netanyahu pour figurer sur sa liste. "Je poursuis la mission de Rani", dit-elle. "Il est parti défendre Israël. Je veux un dirigeant fort, quelqu'un sur qui je puisse compter."
Mais son soutien au Premier ministre reste une exception. Les autres candidats voteront pour des candidats opposés à Benjamin Netanyahu, pour sanctionner ce qu'ils considèrent comme des échecs ce jour-là et depuis.
Shira Shapiro, âgée de 51 ans, qui a perdu son fils aîné Aner, un soldat et musicien de 22 ans qui assistait au festival de musique électronique Nova, alors qu'il n'était pas en service, déclare qu'elle, comme d'autres parents, veut "donner un sens à cette douleur", "en tirer des leçons".
"C'est aussi ce que nous devons faire au niveau national", conclut celle qui se présentera comme candidate pour Yashar, un nouveau parti centriste d'opposition dirigé par l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, dont le propre fils, soldat lui aussi, a été tué à Gaza.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Benoit Van Overstraeten)

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